L'être humain est complexe, et je le suis aussi. Mes préoccupations sont multiples et mes sujets également. Mon
blog est hétéroclite, non parce que je m'emmêle mais parce que mes différentes facettes s'expriment ici, le refus de l'étouffement de ma liberté d'expression, le déni du silence car seuls
les cris peuvent soulager le dégoût que provoque la situation politique algérienne, mais aussi un mal de vivre plus ou moins profond qui fait partie de mon existence depuis que mon esprit
sait aligner des idées.
L'avantage d'Internet c'est que chacun peut exprimer son point de vue en espérant toucher quelqu'un, à l'autre bout du monde pourquoi pas. Le problème d'Internet c'est qu'un contenu, quel qu'il
soit, peut être manipulé par quelqu'un, à l'autre bout du monde pourquoi pas. C'est ce qui est arrivé à mon texte "Dans la vie d'une prostituée algérienne", rebaptisée en "Algérie victime non
consentante" pour des raisons que j'ai expliquées ici même il y a quelques semaines. Au hasard de mes recherches sur le Net, je suis effectivement tombée sur un extrait de ce texte. Le témoignage
de ma pauvre urne démocratique détournée à des fins malhonnêtes est devenue un authentique témoignage de prostituée. Les mots sortis de leur contexte se sont retrouvés utilisés pour mettre en
avant un phénomène qui existe, certes, mais dont de vrais mots auraient pu sortir de la bouche d'une vraie prostituée. Puisqu'il faut parler de la prositution comme d'une preuve de misère qui
passe pour un tabou, pourquoi perdre de la crédibilité en utilisant un article qui parlait de tout autre chose ? Pourquoi mettre une photo et un nom sur un paragraphe qui n'a été écrit que pour
parler de politique ? Pourquoi ne pas écrire sa propre phrase puisqu'il a fallu utiliser un faux témoignage ?
Je ne dirais pas quel blog a utilisé mon article pour ne pas lui faire de pub. Mais je dirais simplement mon dégoût pour ces gens qui prétendent dénoncer les choses tout en ayant recours à des
moyens aussi douteux. Quand on n'est pas capable d'être crédible, on n'accuse pas les gens de ne rien voir et on se permet pas de leur donner de leçons.
Le salon du livre vient de s'ouvrir à Alger. Il y a les auteurs qui boycottent et il y a
les auteurs qui se font boycotter. Par l'Etat. C'est ce qu'on appelle la censure. Certains, plus cyniques, appellent cela la routine.
Et il y a bien sûr l'éternelle Khalida Toumi qui est autant à sa place au Ministère de
la Culture que la photo géante de Boutef à quelques mètres de la place de la Liberté de la Presse à Alger : un rapprochement improbable qui ressemble à s'y méprendre à une très mauvaise
blague. Ou à du pur mauvais goût. Mauvais pour mauvais, elle est de mauvaise humeur, presque tremblante de colère à l'évocation de ce qui se dit dans les cercles très vicieux des intellectuels
non alignés. Et dire qu'il existe au royaume d'Algérie des algériens qui osent parler de livres alors qu'il faut, je cite "avoir honte et se taire" ! Pensez donc, parler de littérature au
moment même où se déroule le Salon du Livre ! Les algériens ont l'outrecuidance de porter des jugements sur des choses qu'ils ne peuvent pas comprendre et qui d'ailleurs, de son propre aveu,
échappent à madame la ministre.
En ce qui la concerne, le plus important ce ne sont pas les livres. Ni les auteurs. Ni
le contenu. Ni le style. Ni le fond. Ni la façon dont le livre est accueilli par le public, encore moins la façon dont il est saisi par les autorités. Non, ça c'est le niveau le plus haut du jeu
et nous n'en sommes qu'à la version d'essai gratuite sans option et sans intérêt. La vraie question qui se pose dans ce genre de manifestations, ce n'est pas qui et quoi mais combien. Et on
reconnait bien là l'ancienne prof de maths. Combien de livres se sont vendus, combien de droits ?
Il va bientôt falloir nous excuser pour nos préoccupations trop terre-à-terre sur la
liberté d'écrire et de lire dans ce pays. Alors qu'il nous a toujours été interdit de demander combien (combien de faux moudjahiddines, combien de disparus, combien de millions détournés, combien
de mensonges, de manipulations, d'humiliations, pendant combien d'années encore…) cela devient subitement une preuve de sérieux.
Alors puisqu'il faut jouer, jouons. Et vous Madame Toumi, combien de temps avez-vous mis
à oublier vos anciennes amours démocratiques et plonger dans cette liaison contre nature avec le despotisme ? Combien de temps serons-nous encore obligés d'écouter vos simagrées injurieuses
preuve de votre mépris pour le peuple ?
Vous aimez trop votre pays pour qu'il se donne en spectacle ? Cela, il fallait y penser
avant que la côte algérienne ne devienne une plaie hémorragique, avant que des familles entières ne s'entassent dans un deux pièces, avant que le week-end semi-universel ne soit un aveu
d'incompétence, avant que la liberté ne devienne une rumeur à peine audible.
Cette déclaration est d'une indécence sans nom et je ne vous dirai pas, madame la
Ministre de la Culture, combien j'ai effectivement honte.
Alger la Blanche. Alger la meurtrie. Alger portant tous les stigmates de son histoire douloureuse.
Bâillonnée, réduite au silence depuis des années, elle n'oublie pas le sang qui refuse de sécher.
Alger, Place des Martyrs. Un trou béant contemple le ciel. Si on s'acharne à vouloir
déterrer notre lointain passé, c'est pourtant notre avenir déjà en ruines qu'on essaie d'enterrer.
C'était sans compter sur la témérité d'un cœur épris de liberté.
A Alger, ce 5 octobre 2009, on essaie d'empêcher une lecture. Et comble du ridicule, ce
sont des stylos bleus qui veulent arrêter la plume. Depuis quand lire est-il un crime ? Et pourquoi écrire le silence est-il devenu loi ?
Alger, ciel bleu intense et lumière aveuglante. Le soleil est témoin. Le soleil est
complice. Mais ce n'est pas le soleil qui fait briller la ville aujourd'hui.
Alger revit enfin d'entendre crier.
Alger la révoltée.
Liberté.
Les cris sont là. Les voix, les pas. Les rêves.
Qu'ils crèvent ! Ceux qui ne veulent pas.
L'espoir palpable enfin. L'espoir est là. Mot d'ordre de cette journée symbole de
révolte. Peut-être est-ce l'étincelle qui finira par faire exploser le régime.
Le rêve est si lointain que déjà les détracteurs, la langue acérée, traitent les rêveurs
de fous. Mais le silence est d'or depuis une trop longue éternité. Silence et dors si tu veux te résigner !
En décembre 1991, nous avons échappé de peu à une véritable catastrophe. Pensez donc, le
FIS, parti islamiste et surtout islamisant, était sur le point de s'approprier le pouvoir grâce aux élections législatives. Heureusement - et cela mérite un grand soupir de soulagement - la
Muette, soudainement frappée de parole, était intervenue afin de nous arracher au monstre intégriste et de garantir nos libertés individuelles et collectives. (!)
Imaginez une minute, même si c'est douloureux, ce qu'aurait été aujourd'hui l'Algérie du
FIS.
Le Code de la Famille existerait toujours, refusant à la femme son droit à la dignité au
nom d'une interprétation misogyne du Coran.
Des voiles envahiraient nos rues, permettant à des personnes de n'être plus personne,
vague anonyme de tissu synthétique. Cette étrange claustrophobie qui touche certaines d'entre nous et nous empêche de nous cacher le visage et les cheveux nous transformerait en exceptions qui
défions le règle au milieu de ces étoffes multicolores de musulmanes et demi au regard hostile.
A chaque heure de prière nous entendrions, où que nous soyons, quatre imams différents
faire l'appel, puisque les mosquées auraient poussé comme des champignons après la pluie alors qu'une bibliothèque serait une espèce immobilière en voie de disparition. Il y aurait en ce moment
même un projet de construction de la mosquée la plus grande du monde.
Aujourd'hui, nous aurions une chaine de télévision religieuse. Quant aux débits de
boisson et autre bar, ils seraient fermés un à un.
S'il fallait, pour des raisons économiques, modifier l'aménagement de la semaine de
travail, il serait totalement exclu de toucher au vendredi, jour de repos du Musulman à la Foi Qui Jamais Ne Vacille Sauf Si On Lui Change Son Emploi Du Temps.
Bien sûr, appartenir à une autre confession que l'Islam serait un crime et les chrétiens
par exemple seraient poursuivis comme des criminels, parfois mis en prison pour leurs croyances.
Dans une république islamique, il va de soi que le respect des rites musulmans serait
une obligation totale et toute personne qui aurait l'idée saugrenue de ne pas faire le Ramadan serait passible d'une peine de prison. Car comment imaginer une seule seconde qu'un musulman, un
vrai, puisse supporter la vue d'une mastication alors qu'il a lui-même l'estomac en veille spirituelle ? Et ce principe est si essentiel que même la presse, acceptant pour la bonne cause de se
salir la plume, tomberait dans la délation, et ceci pour le maintien de l'unité nationale autour de son pilier principal : l'Islam. Intolérant.
Toute ressemblance avec la réalité est involontaire quoique malheureusement effective.
Et il n'y a pas de pire ironie que celle qui n'a même pas besoin d'exagérer la réalité.
En 18 ans, l'intégrisme, autrefois prétexte à la dictature militaire et balayé d'un
revers malhabile et intéressé, s'est insinué furtivement dans nos existences, se glissant sournoisement au détour de nos jours, si bien qu'aujourd'hui, nous nous réveillons dans une terre
d'intolérance que nous ne reconnaissons même pas. En 1991, on s'accordait à dire que l'intégrisme était la pire chose qui pouvait nous arriver. Cela a profité à ceux qui, après avoir orchestré
les évènements pour nous obliger à choisir entre la peste et le choléra, nous ont offert l'armée comme bouée de sauvetage.
Résultat, aujourd'hui nous nous débattons sous une dictature militaire qui menace de
nous noyer dans l'intégrisme
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