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’ai décidé aujourd’hui de m’attaquer à l’analyse d’un adage bien connu : l’Amour est aveugle. Travail ardu, n’est-ce pas…
On prête en effet à l’amour cette épithète, mais au lieu de la lui prêter, on devrait surtout lui en faire cadeau, un cadeau définitif, ni échangé ni remboursé. Car si l’on parle de ce caractère comme d’un tort, puisqu’il annihile nos principes, nous empêche de voir la réalité avec objectivité et discernement, provoque chez nous des réactions inattendues que nous finirons un jour par trouver méprisables, il faut bien comprendre que l’amour se doit être aveugle, par essence. Quel autre moyen que la cécité pourrait permettre à un être humain d’accepter les défauts d’un de ses semblables, d’être capable de les lui pardonner comme on se pardonne à soi-même ? Pour aimer, il faut nécessairement fermer les yeux (dans les deux sens du terme), sur les aspects physiques et moraux loin de nos aspirations personnelles, nos rêves de prince charmant intelligent, beau, riche et drôle, ou de princesse charmante que je ne me risquerai pas à décrire. Sans vouloir accuser la réalité de tous les maux de la société, cet état de fait est dû aux circonstances, qui nous font espérer l’impossible pour finalement nous rabattre sur l’accessible.
Et lorsque je dis tout cela, je ne parle pas nécessairement de l’amour entre deux personnes, mais également d’amour patriotique. Comment sans être aveugle peut-on aimer son pays malgré toutes ses tares ? Lorsque l’on dit aimer son pays, (par exemple, pourquoi pas, l’Algérie) il faut un instant devenir amnésique et oublier le Pouvoir en place, ce pouvoir assassin, bourreau et tortionnaire qui a transformé l’Algérie en amant à deux visages. L’Algérie est un Gémeau qui a mal tourné. Pour l’aimer, il faut oublier le manque de travail, de liberté d’expression et de libertés tout court, les manipulations, les coups bas, les mensonges, les magouilles, les faux-semblants, les morts, les tremblements de terre, les inondations, la peste, les invasions de criquets, et j’en passe... Il faut simplement se rappeler que cette Terre est la notre, la seule qui nous appartiendra jamais, et qu’au lieu de l’aimer par dépit ou de la détester par désespoir, il faut l’aimer de son plein gré, pour ne pas devenir fou. On se doit d’oublier le principal pour ne penser qu’au superflu, à la culture (étouffée), aux paysages (pris en otage), aux personnes que nous aimons et avec lesquelles l’Algérie constitue une sorte de modem qui permet de faire la connexion. On se retrouve finalement, compte tenu des hasards de notre Histoire, à nous battre pour aimer en paix un pays en guerre contre lui-même et qui n’est finalement qu’une espèce de beau gosse cruel à la moralité douteuse et aux tendances meurtrières, aux mains douces mais à l’esprit pervers, et dont certains traits de caractères tendent à polir l’aspect extérieur en laissant le foie, la rate et tous les organes internes pourrir dans l’obscurité et l’ignorance, et donc l’indifférence, les plus totales.
Alors, consciemment ou pas, on ferme les yeux sur tout cela, on espère que les choses vont changer… Vous avez remarqué ? C’est une constante au début d’une relation, on croit toujours que l’on va réussir à changer l’autre. Alors en attendant que le miracle ne se produise, on concède, on pardonne, on passe, on s’adapte. Après des années de liaison et quelques (mauvaises) habitudes bien installées ; on finit par s’y faire. Le « pays » nous pardonne nos envies de confort (travail, voiture, maison, vie de famille) en les ignorant et nous lui pardonnons ses goûts de luxe (l’argent du pétrole) en les oubliant.
Parfois, pourtant, comme chez tous les couples mal assortis, c’est la scène de ménage. La goutte d’eau fait déborder le vase, car, fait inhabituel, nous avons eu de l’eau deux jours de suite. Les rancoeurs refont alors surface. L’amnésie est oubliée, ce qui est tout de même un comble (tel est pris qui croyait prendre) et les vieux griefs fusent de l’un à l’autre. « Tu ne m’as jamais aimé » dit le peuple. « Que ne pouvais-tu me laisser vivre ma vie tranquillement, sans me demander davantage que le minimum que je t’accordais ? » répond le pays. « Je mérite mieux que le minimum ». C’est là que le pays, et surtout les mains qui font se mouvoir la marionnette, sortent de leurs gonds. « Puisque c’est comme ça, tu n’auras rien ».
A la date d’aujourd’hui, on continue à se contenter de rien. En attendant la rupture. Puisse-t-elle arriver rapidement...
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