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Lundi 11 mai 2009

 

 Alors que nous venons de laisser derrière nous la Journée de la Liberté de la Presse, je ne vais pas rendre hommage aux journalistes algériens morts pour laisser la route à des manœuvres politiciennes si obscures qu'elles rendraient jaloux le fond d'un puits de pétrole. Je ne ferai pas non plus de dédicace aux journalistes qui continuent d'écrire comme ils peuvent, entre une tentative d'intimidation et une convocation au tribunal.
 Non, je ne ferai pas cela, parce que d'autres l'ont fait bien mieux que je ne saurais le faire, et parce que je pense, comme beaucoup, que la liberté de la presse se célèbre chaque jour.

 Et aussi parce que niveau timing, je suis en retard.


 Alors en cette non-Journée de la Liberté de la Presse, j'aimerais exprimer non pas mon admiration, mais plutôt ma fascination morbide à l'égard des journalistes qui font leur métier "par et pour le pouvoir", qui chantent les louanges d'un système pourri et qui en reçoivent les éloges dans un discours controversé (ben oui, vous n'avez quand même pas cru que Boutef s'adressait à la presse de l'opposition ?)


 Comment ne pas être fasciné par cette scène de l'ENTV désormais devenue culte, Bouteflika réprimandant vertement un entrepreneur trop lent, montrant qu'il s'occupe personnellement des dossiers importants, qu'il veille sur le peuple et sur son bien-être ? Puis le spectacle interminable de cette foule en délire, qui sait si bien illustrer l'amour présidentiel par ces photos géantes imprimées avec l'argent du concitoyen et ces cris hystériques, déplacés, obscènes. Et Boutef qui prend son bain de foule, et qui continue pourtant de dégager une odeur putride de pseudo-dictateur sans conscience.

 De la même façon, nous avions eu droit hier dans l'Expression à une première page extatique sur des recrutements à l'Education Nationale. Une plume béate nous décrivait la noblesse infinie de ce Benbouzid qui porte à bout de bras le système scolaire algérien, et qui, alors que la violence se fait meurtrière dans les écoles, "décide de prendre le taureau par les cornes" - juste après avoir précisé que cette violence n'était pas le fruit de l'école algérienne. 21000 emplois jeunes qui vont permettre de ramener les écoliers sur le droit chemin. 21000 postes temporaires pour 8 millions d'élèves. Vous parlez d'un taureau…

 Exercice de style pour le moins ardu que celui de mettre en valeur un ministre qui accumule les échecs depuis plus d'une décennie. Paradoxe infini de donner de la classe à un ministre de l'Education Nationale.

Certains me diront que c'est pourtant là une chose positive et qu'il faut en parler. Certes, et Le Soir d'Algérie l'a fait de manière bien plus posée. Car il n'y a pas de quoi se réjouir de créer des postes où des étudiants vont s'interposer dans les bagarres au lieu de penser à comprendre la base de cette violence. Quelle fierté y a-t-il à poser un pansement sur une plaie gangrénée ? Et plus important encore, il y a des manières de décrire l'actualité qui ne font pas penser que l'auteur de l'article a fumé la moitié de la Colombie.


 Ce ne sont là que ces exemples de la vie quotidienne d'une presse soumise. Et tout cela n'est certes pas tâche facile. Ayons une pensée pour ceux qui arrivent à faire d'un métier noble un déni de la dignité humaine et qui se font porte-parole d'un système qui ne respecte même pas leur allégeance. Car depuis quand le juge respecte-t-il le bourreau qui exécute la basse besogne ?

 

 Nanou


Par Nanou - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
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