Partager l'article ! Le cahier oublié: Ma réalité c'était l'écriture. Lorsque je voulais graver un instant dans le temps, je l'écriva ...
Ma réalité c'était l'écriture. Lorsque je voulais graver un instant dans le temps, je l'écrivais. Par les mots il en devenait réel, palpable. Je pouvais, lorsque j'en avais besoin et pour me sentir moins seule, le relire, le retrouver, ressentir ce que je ressentais au moment où il avait lieu. Ecrire c'était ma machine à remonter le temps à moi. Et elle avait le mérite de ne pas embellir le souvenir, il restait tel quel, toujours et pour toujours.
C'est ainsi que j'ai fixé ce moment, à l'encre violette, sur ce vieux cahier d'écolière dont la couverture, semblable à des milliers d'autres, ne semblent pas cacher les secrets d'une adolescente solitaire. Je ne l'ai appris que plus tard mais l'encore violette n'est pas indélébile. Seuls le bleu et le noir le sont. Alors je suppose que ces souvenirs finiront pas disparaitre finalement.
Je ne m'étais pas plongée dans ce cahier depuis des années. Je suis retombée dessus par hasard. Il était plein de poussière, un peu corné par le temps. L'écriture était irrégulière. Il y a des personnes qui écrivent toujours de la même manière. Pas moi. Tout dépend de mon humeur, de mon stylo, de ce que j'ai à dire. Je crois qu'on peut dire que j'ai une écriture volage.
J'ai ouvert le cahier par hasard et je me suis mise à lire. Les tournures qu'aujourd'hui je trouve enfantines, la naïveté pleine de certitude, ou est-ce de la certitude pleine de naïveté ? J'y retrouve ma solitude et mon obstination à le rester .
Mais la muraille avait une faille.
J'ignorais alors que la faille se transformerait en crevasse et qu'elle finirait par former une abjecte cicatrice qu'aujourd'hui encore j'arbore comme une blessure de guerre. Mais même si je l'avais su je ne suis pas sûre que ça m'aurait arrêtée. J'étais sur la pente et je le voulais.
Est-ce qu'on s'est vraiment fait avoir par la vie quand elle ne nous a pas forcés ?
J'ai relu mes mots et je me suis demandée une seconde si le temps des enseignements hypocrites sur la nécessité de souffrir et de ses aspects positifs n'était pas venu.
Mais je ne le crois pas.
Je ne pense pas que la souffrance soit une nécessité, je ne pense pas qu'on apprenne plus en se sentant cent pieds sous terre. Je ne pense pas que ce soit là un passage obligé pour être un adulte responsable équilibré et heureux de vivre. A moins que l'équilibre et la joie de vivre ne soient pas le but de cette existence finalement. Y'en a-t-il seulement un d'ailleurs ? Y'a-t-il une finalité à tout ça ?
La fameuse question, celle qui revient sans cesse et qui ne trouve pas de réponse. Et je ne la trouverai pas non plus dans ce cahier de 100 pages à spirales.
Ce cahier, ses souvenirs et ses mots qui ne disent pas tout.
Mieux vaut oublier. Je l'ouvrirai à nouveau quand je serais prête pour les morales hypocrites dont on est capable que lorsqu'on est détaché. Moi je ne le suis pas.
Moi je suis toujours attachée.
A comme Algérie
Ya rien de positif dans la souffrance, elle existe, elle fait mal et laisse des séquelles. La souffrance n'est ni nécessaire ni juste, c'est une perte de temps pour celui qui l'a subi.
l'existence n'a pas de finalité, c'est une réalité. Tout comme elle n'a pas besoin de finalité pour exister. Les choses existe, c tout. Par contre «homo sapiens» a besoin de donner une finalité à «tout ça», la finalité qui lui convient. c'est nécessaire pour avancer, créer et exister au milieu de «tout ça». Il est bon (utile) de se détacher, ça aide à voir les choses avec plus de clarté.
Merci pour ton commentaire. Je trouve ça difficile de se dire que la vie est ce qu'elle est et c'est tout, même si c'est bien de ça qu'il s'agit. Il est certain qu'on n'a pas besoin de trouver un sens à la vie quand tout va bien, les faits se suffisent à eux-mêmes pour se dire que la vie vaut la peine d'être vécue. C'est quand la vie fait n'importe quoi qu'on commence à lui en vouloir. C'est un peu capricieux, un peu de la mauvaise foi, mais je pense que c'est de bonne guerre.
Bonsoir,
Excellent billet. Merci de nous offrir l'opportunité de nous arrêter sur certaines questions qui nous interpellent chaque jour. En vous lisant, je n'ai pas pu m'empêcher de ratacher tout cela à une autre problématique qui m'a de tout temps intéressé : les vertus thérapeutiques de l'écriture, auquelles je n'y crois pas tellement !
Bien cordialement,
Nek,
Bonsoir et merci pour votre commentaire (vous pouvez au passage me tutoyer). Moi je crois beaucoup aux vertues thérapeuthiques de l'écriture, quand on écrit ses peines sur papier c'est comme si elles se détachaient un peu de nous, concrètement, physiquement. Pas totalement bien sûr, mais juste assez pour avoir l'impression d'un mieux. ça peut être le presque rien qui permet à une journée de se terminer mieux qu'elle n'a commencé.
Sinon, autre procédé,on peut créer un personnage qui aura ses propres problèmes et ses propres questions, si en réalité il dit ce que l'on pense, il nous permet de nous voir sous un autre angle.
Et à chaque fois, ce sont des bouteilles à la mer...