Partager l'article ! Pourquoi j'écris ?: Pendant des années je me suis ingéniée à écrire des lettres à des personnes qui ne me comprenaient pas ...
Pendant des années je me suis ingéniée à écrire des lettres à des personnes qui ne me comprenaient pas. Des lignes et des lignes, parfois des pages où j'essayais de dire ce que j'étais vraiment, à mille lieux du personnage que je m'étais créé, façade souriante, neutre, indifférente et sans histoires. Des heures parfois à essayer de trouver les mots, à soigner les tournures de phrase, à me relire, éternelle insatisfaite, pour être sûre de dire ce que je pensais vraiment, espérant que mon lecteur serait sensible aux mots, aux figures de style, à chaque idée parce que je me livrais sans retenue et que je voulais qu'on saisisse la personne que j'étais dans son imperfection mais surtout dans son entier, avec ses aspérités, ses nuances, ses contradictions.
Colère et tristesse, deux sentiments qui m'ont toujours poussée vers le stylo et la plume. Mais qu'est la tristesse sinon une colère parée de désespoir ?
Aujourd'hui j'écris dans le vide, sans vraiment savoir à qui, et je me rends compte que si je n'étais pas comprise, au moins je m'adressais à une personne réelle dont j'aurais voulu qu'elle me connaisse. C'était peine perdue mais j'avais jeté ma bouteille à la mer et avec elle l'espoir d'un miracle. Peut-être allais-je briser cette solitude, ces questions en circuit fermé qui finissaient par m'enfermer. Mais plus j'ai essayé de partager, plus je me suis sentie seule. Et la solitude résonne comme une défaite, un échec, un fiasco cinglant. Et chaque chute pourrait être la dernière.
J'ai compris aujourd'hui qu'on ne peut accepter les questions d'autrui que lorsque l'amour ne pose plus de conditions, ne donne pas d'ultimatum, quand l'amour est figé, fixé, encré, promesse d'éternité.
Rien n'a changé depuis mon enfance, lorsque solitaire, je sentais confusément que personne ne pouvait comprendre et qu'il ne servait à rien de parler.
Alors j'ai écrit.
Les raisons sont là où commence l'histoire.
Ecrire pour éviter d'étouffer. Pas comme une thérapie mais comme un dernier recours avant la démence. Quand la vie ne suffit plus à cacher la blessure. La faille, entaille de taille ouverte à toutes les peines.
Ecrire pour construire concrètement le jardin secret où sont enfermées nos pensées les plus intimes, celles qui changeraient le regard des autres s'ils y avaient accès. Celles qui font qu'on est vraiment soi-même mais qu'il faut pourtant cacher parce que le soi-même effraye le tout le monde.
Ecrire pour assumer en partie d'être ce monstre triste dont il ne faut pas parler.
Ecrire parce que le vide rejoint le vide, boucle la boucle et pour mettre de la ponctuation là où la vie ne met que des points de suspension.
Alors j'écris, me relis, pose le stylo, ferme le cahier de mes vérités, puis revêts le sourire de façade pour que le mensonge puisse affronter la réalité.
A comme Algérie.
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